Voter ou ne pas voter, mais soigner

Dominique Thiers Bautrant

Dominique Thiers BautrantVous irez voter, vous n’irez pas voter, chacun choisira en son âme et conscience.
Mais nous resterons des soignants, et quoi qu’en disent les théoriciens transhumanistes, les technocrates revanchards ou les prophètes d’un futur apocalyptique, nous continuerons à prodiguer les soins nécessaires aux corps et aux âmes fragilisés, dévastés ou seulement touchés par une destinée et un déterminisme qui nous dépassent totalement.

Fonctionnarisés ? Enchaînés ? Ubérisés ? Ne cédons pas aux propos électoralistes.

Toutes les politiques de santé construites sans les soignants, malgré  les soignants, fonctionnent mal, ou pas, ou très peu de temps, et même si certains ont du mal à l’entendre, c’est une de ces réalités qui bat en brèche tous les programmes.
Les soignants ne seront ni éradiqués (merci JLM d’y avoir quand même pensé !), ni parqués dans des MSP, ni ubérisés de force s’ils ne le veulent pas (et là, il est vrai que certains jours on se pose des questions…)
Notre force est d’être inscrits dans une réalité concrète, d’être les acteurs formés non pas à disserter sur ce que devrait être le système de soins, mais à affronter la réalité de la privation de santé, mais aussi les conséquences de mauvais choix collectifs de communication, de consommation ou d’éducation des populations .
Un certain nombre de choses sont en marche, sur lesquelles il n’y aura pas ou peu de rétropédalage.
Ce que nous devons absolument arracher, par notre intelligence commune, par notre expérience, par notre « envie de faire », c’est d’être à la manœuvre dans l’évolution inéluctable de nos métiers.

Il va falloir parler toujours et encore, hurler aussi sans doute, mais finalement faire entrer dans les cervelles des institutionnels un certain nombre de prérequis :
– non la médecine ne peut pas s’écrire uniquement en algorithmes parce que la variable aléatoire de l’Humanité peut aller de 1 à l’infini…
– oui la santé coûte cher et vouloir  » payer moins  » doit être clairement explicité aux citoyens : qui paiera, pour qui, pour quoi ?
– non les médecins libéraux ne vivent pas de l’argent public, mais des cotisations des assurés
– non l’argent public englouti dans les déficits abyssaux de certains établissements n’est pas une fatalité et n’a pas à être  » intégré au fonctionnement « 
– non il est inutile et dangereux de limiter la liberté d’installation dans un pays où seul 1 médecin sur 3 s’installe et où des centaines de diplômés s’évanouissent dans la nature chaque année
– oui la médecine à distance doit se développer, mais pas sans les médecins ou en  » employant  » des médecins à 3 euros la passe, car le champ des besoins de santé publique ne sera pas couvert ainsi
– oui les soignants peuvent s’organiser différemment, sont en capacité de réinventer ce  » libéral » qu’on dit mort pour essayer de le tuer de chagrin
– oui les soignants savent ce que devraient être les « parcours » mais il faut leur donner les moyens de le faire, des missions claires, respectueuses et pertinentes, bref l’envie de le faire
– oui nous devons réorganiser la représentativité de la profession et sa gouvernance.

Il y en a d’autres, certainement, que j’oublie.
Personnellement, je continuerai à me battre pied à pied sur chacun de ces items, localement d’abord, parce que j’ai un mandat pour le faire, mais partout où je pourrai porter la parole des soignants, et particulièrement des libéraux… mais pas seulement.
Sans agressivité, cela dépendra de l’interlocuteur, mais avec la volonté inébranlable et déterminée de ne pas « laisser faire » sans nous.
Jamais.
Mais surtout, je resterai à mon poste, dans mon cabinet, parce que c’est le métier que j’ai choisi, appris et exercé pendant plus de 20 ans et que si ses modalités, ses outils, ses connaissances, ont évolué, son essence n’a jamais changé.  
La santé n’est pas un dû, le soin l’est, nous soignons, il faut nous en donner les moyens.

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