Une réforme, des cris, une maison vide

Jerome Marty

Jerome Marty

Des pharmaciens ont investi 2 millions d’Euros et ont construit sur un terrain proposé par une commune près de la Frontière Suisse une maison médicale, qui reste désespérément vide de médecins.
Les raisons en sont simples, cruellement simples : la Suisse est à quelques kilomètres et les médecins français y travaillent moitié moins, doublent leur rémunération et ont nettement moins de travail administratif . Naturellement, si ils s’y établissent, ils ont également beaucoup moins de charges.

Il ne s’agit pas d’un fait exceptionnel , d’une anecdote circonstancielle, c’est la résultante de trente ans de politique sanitaire où le système de santé a été utilisé comme variable d’ajustement de l’ incapacité politique à gérer le pays face aux crises économiques successives.

Orpheline de courage politique, la France est devenu une exception au sein de l’Europe : le seul pays où la crise économique sévit de manière endémique depuis plus de quarante ans ! Le secteur de la santé, plus que tout autre, a été comptable de ces erreurs. Ce secteur se développait, il a été encadré, il accélérait sans cesse il a été ralenti, il créait et innovait il a été normalisé. Plus grave, ses acteurs ont été fragilisés à force de contraintes , de poids administratif, de culpabilisation, de mépris tarifaire et de hausse de charges.

Cette main mise du politique sur la santé a débuté sous Alain Juppé avec l’encadrement comptable des dépenses de santé et la création de l’ONDAM, cadre fermé qui justifiait les blocages tarifaires des praticiens par le lien dès lors construit avec l’état économique du pays. La loi HPST a majoré encore le poids de l’état sur le soin et, les Agences Régionales d’Hospitalisation, puis de Santé, loin de favoriser la régionalisation et le construire ensemble, sont immédiatement devenues les relais sanctionnant d’un système centralisateur. La loi de modernisation de la santé de Marisol Touraine a été le point d’orgue de cette politique sanitaire dirigiste « à la française » .

Durant ces 4 ans :
Le ministère de la santé, le gouvernement Hollande et ses relais institutionnels ou associatifs ont érigé un système qui a « outilisé » les médecins et les soignants,

Les médecins ont été mis au pilori, accusés de prescrire trop et mal, de ne pas s’installer, de ne pas se former, de construire les inégalités d’accès au soin et d’augmenter les inégalités sociales en santé.

Les valeurs socles de la médecine ont été fragilisées :

La liberté de soigner et l’ indépendance de pratique par la mise sous la tutelle des financeurs. 
La déontologie et le secret médical par la création d’une base de données patients, cauchemar orwellien, où tout est à la portée légalisée des demandes d’accès des assurances et autres sociétés privées. 
La responsabilité individuelle par la main mise désormais possible des Groupements Hospitaliers de Territoire et des ARS sur les exercices individuels.

Les organismes complémentaires de l’assurance maladie ont été favorisés par des cadeaux fiscaux, l’autorisation des remboursements différenciés, la création de contrats responsables qui limitent la hauteur de leur remboursement, et par la mise en place de l’Accord National Interprofessionnel avec ses contrats de complémentaire low cost et ses sur-complémentaires que seul les salariés les plus aisés peuvent s’offrir afin d’accéder à toutes l’offre de soin

Le Tiers Payant Généralisé a été installé, liant médecins et soignants aux organismes assurantiels au sein d’un système où le payeur est désormais organisateur du soin.

L’État est devenu responsable de la politique de santé, a renforcé encore le pouvoir sans limite des Agences Régionales de Santé, et fait disparaître le statut privé de la Sécurité sociale voulu comme un bouclier protecteur par le Conseil National de la Résistance, pour en faire un organisme qui veille à l’application des décisions de l’État.

Le tissu hospitalier a été fragilisé, par l’exclusion des cliniques privées de l’organisation territoriale hospitalière et du service public hospitalier et par la création de Groupements Hospitaliers de Territoire hyper-administrés, véritable bras armé du GOSPLAN étatique.

L’attractivité de la médecine libérale a été sabotée par une politique tarifaire des professions de santé indigne d’un pays développé, une augmentation permanente de leurs charges et leur imposition de normes intenables avec pour conséquence la multiplication des territoires frappés par la pénurie sanitaire.

Durant ces quatre ans le gouvernement Hollande a trompé les Français, organisé l’effondrement du modèle sanitaire Français et maquillé une réforme profondément inégalitaire en « marqueur de gauche ».

Dès lors sonne l’urgence à véritablement réformer le système ou a contempler sa chute inexorable par la poursuite de sa gouvernance étatique et centralisatrice et de sa dérive vers un système inégalitaire dont les opérateurs évoluent dans une opacité légalisée.

Le programme de François Fillon s’attaque à l’ordre établi et il dérange . Nous assistons depuis quelques semaines au bal des faux culs qui de l’extrême gauche à l’extrême droite, se drapent de vertus et poussent des cris d’orfraies alors qu’ils ont soit participé à l’effondrement du système, soit bénéficié de ses faveurs au sein d’organismes financés par la sécurité sociale, soit et c’est plus grave annoncé des réformes qui sont à l’exact opposé d’une médecine dont le socle est de soigner quels que soient l’origine, le statut social ou la religion.
Il s’attaque à l’opacité entretenue des complémentaires santé, et annonce réguler leur fonctionnement, il n’est qu’à voir la proximité de nombre de politiques du gouvernement actuel avec ce monde policé pour comprendre qu’il ressentent cela comme un crime de lèse-majesté.

La solidarité, valeur de la République Française est menacée non par une réforme courageuse qui encadre les assurances maladies, garantit l’indépendance des médecins et des soignants, et ouvre la gouvernance du système de santé aux acteurs du soin et aux patients mais par l’immobilisme, la protection des privilèges et la haine de l’autre

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