Réponse à Alizée

Isabelle Le Croarer Luck

Isabelle Le Croarer LuckJe peux essayer de t’expliquer ce qui se passe en France sur le malaise des professionnels de santé dont la société a effacé le sens humain de leur vocation au profit de la logique économique et comptable.

Ton médecin n’est pas la seule à être en surmenage, et le risque de burn-out et de suicide chez les médecins est 2,5 fois plus important que dans la population générale.

Seulement,  les médias et les politiques se taisent devant les suicides d’internes en médecine, de professeurs en médecine dans les hôpitaux, d’infirmier(e)s, de médecins libéraux…  Il vaut mieux se reposer avant de craquer même si en médecine générale, on risque de fermer définitivement son cabinet si on doit s’arrêter de travailler  car il n’y a pas d’indemnités versées avant le 91ème jour d’arrêt de travail…

Il y a 25-30 ans, les gouvernants ont décidé (et chaque parti politique a suivi cette voie pour la parachever avec la loi Touraine) que la sécurité sociale (mal gérée et assise sur les seules cotisations des travailleurs, de moins en moins nombreux) devait combler son « trou ». Résultat de la pensée énarchique : moins il y aurait de médecins, moins il y aurait de dépenses de santé et à ce jour rien n’a été prévu pour les remplacer. Donc, tant pis si la population française augmente et vieillit, demandant de plus en plus de soins pour être mieux soignée, cela ne compte pas vraiment pourvu que le trou se résorbe. Non seulement il ne s’est pas vraiment  résorbé (malgré l’annonce d’affichage inexacte de Marisol Touraine) mais les Français ne trouvent plus de médecins, attendent des semaines pour avoir des RV,  font la queue aux urgences, voient leur médecin s’arrêter sans successeur, les déserts médicaux s’installent que ce soit en province à Paris ou en banlieue. Les médecins qui restent (vieillissants, la moyenne d’âge des médecins en France est de 56 ans car peu de jeunes s’installent, moins de 10%  au sortir des études contre plus de 60% de mon temps)  sont submergés de demandes, travaillent beaucoup  et s’épuisent (ne pas oublier que même « seulement » 5 demi-journées par semaine représentent plus de 40h hebdomadaires de travail à cause du travail administratif croissant et gratuit qui leur est demandé et est invisible aux yeux des patients.  Et je ne parle pas des gardes de nuit et de WE qui ajoutent souvent à la fatigue…). Sans compter que la stagnation voulue des honoraires (une consultation vaut deux fois moins en France que la moyenne européenne) et la montée des charges à payer ne rend plus le revenu attractif pour 10 ans d’études minimum et autant de responsabilités. Beaucoup  se tournent vers des postes salariés de coordination plutôt que de soins qui sont moins fatigants, plus confortables  et plus rentables… N’oubliez pas que sur une consultation à 23€ (25€ depuis le 1er mai 2017, alors qu’en ayant juste suivi le cours de la vie, elle devrait être à près de 50€) il n’en reste même pas la moitié hors impôts, que la carrière d’un médecin est courte à cause des longues années d’études et qu’il doit prévoir de provisionner pour ses congés et le risque de maladie, maternité  ou d’accident…. Dernière cerise empoisonnée sur le gâteau, la CPAM harcèle les médecins libéraux de travail administratif gratuit, compare leur activité d’un point de vue statistique et leur reproche de prescrire trop d’arrêts de travail, trop de médicaments, trop de bons de transport, sans tenir aucunement compte de leur patientèle. Les médecins sont jugés par la CPAM et paient des amendes même si la nécessité médicale de traitement est réelle pour leurs patients.

L’ensemble fait que ce métier pourtant merveilleux n’est plus attractif dans cette société centrée sur le comptable, et non plus sur l’humain qui fait le sens de notre vocation. Voilà, voilà, j’espère que chacun comprendra que les médecins qui ne se plaignent pas en général et essaient de tenir jusqu’au bout en sacrifiant parfois leur vie privée pour leurs patients refusent aujourd’hui ce manque de respect de leurs compétences et de leur travail,  comme hélas, beaucoup d’autres professions comme les policiers, enseignants, agriculteurs et éleveurs etc… Car c’est aussi au détriment de leurs patients que d’accepter cette soumission. Merci Alizée de m’avoir permis,  grâce à ton post, cette mise au point.

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