Non à la psychiatrisation de la terreur !

Dr Jacqueline Goltman Dr Thierry AsquierAprès un moment de stupeur faisant suite à l’annonce d’une collaboration souhaitée par Mr Gérard COLLOMB entre Ministère de l Intérieur, de la Santé et les psychiatres hospitaliers et libéraux par le biais de protocoles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les réactions des confrères se font entendre de façon unanime.

On a entendu la consternation du Dr Gourion (Le Monde) « cette idée repose sur une assertion scientifiquement fausse : le lien entre maladie mentale et terrorisme n’est pas avéré ».

La réaction du Pr LLorca « l’amalgame qui pourrait être fait entre comportement terroriste et maladie mentale est infondé .. » avec rappel de notre mission de soins.

Le Comité des experts qui estime qu' »en terme d’efficacité, mobiliser les hôpitaux psychiatriques pour identifier les individus radicalisés est une mesure inefficiente , absurde voire débile ».

La réaction du CNOM qui rappelle les bases éthiques de notre profession.

Toutes ces premières réactions convergent vers la précipitation et le manque de rigueur scientifique d’une telle mesure et des sources épidémiologiques censées l’alimenter.

Retournons vers le réel : les malades mentaux sont plus victimes de violences qu’auteurs de violences (rapport HAS 2011).

Une certaine confusion règne dans les esprits sur la mission de la psychiatrie française, elle est pourtant simple : les psychiatres sont des médecins qui soignent des patients atteints de maladies psychiatriques et/ou d’importantes souffrances psychiques. Les fantasmes « Vol au dessus d’un nid de coucou  » n’ont pas lieu d’être autour de notre profession .

La psychiatrie française est encadrée par une législation très stricte. Il est interdit de soigner un patient contre son gré sauf à la demande d’un tiers et sur décision du Directeur d’établissement accompagnée de deux certificats médicaux SDT (loi du 5 juillet 2011, modifiée le 25 septembre 2013) :SDU (1 certificat médical et un tiers si urgence avérée) SPI (Péril imminent) en cas de danger avéré.

Il ne peut y avoir d’atteinte à la liberté d’aller et venir sans contrôle systématique du juge des libertés et de la détention dans les 15 jours suivant l’hospitalisation.

Quant à une personne atteinte de troubles mentaux compromettant l’ordre public ou la sécurité des personnes, elle peut être admise en soins psychiatriques sur décision d’un représentant de l’Etat (Préfet ou maire SPDRE).

La psychiatrie mise à l’honneur cet été 2017 fit également l’objet d’une demande précise de soigner les malades mentaux incarcérés qui sont évalués à 170 000 .

Je rappelle que le nombre de lits dans les CHS a diminué de moitié en 20 ans , que 30% des postes de PH sont vacants, que la spécificité de la psychiatrie est mise à mal et que le secteur psychiatrique, système d’accès aux soins qui a fait ses preuves, est menacé par GHT .

Cette spécialité est la parente pauvre de la médecine avec un budget de recherche de 2 %, il ne reste que 540 pédopsychiatres en France, la psychiatrie libérale spécialité clinique par excellence a perdu son attractivité (moins 20 % de psychiatres à Paris en 10 ans).

Revenons en à la question du terrorisme :

Les terroristes ne se présentent jamais spontanément aux urgences de l’hôpital ou en consultation libérale ,ils n’ont aucune demande de soins . Leur organisation psychique et leur rapport au réel semblent fonctionner et être en rapport avec leurs objectifs politiques.

Ils sont capables d’anticiper et de s’organiser en réseaux pour parvenir à leurs fins, les massacres de masse.

Tout type de comportement qui va à l’encontre de ce que nous pouvons observer chez les patients psychiatriques.

Alors aux questions :

Le terrorisme peut il se diluer dans la psychiatrie, les psychiatres ont ils vocation à collaborer avec le Ministère de l’Intérieur ? Nous répondons non.

A celle est il dangereux de faire l’amalgame entre patients atteints de maladie mentale et les terroristes qui sévissent dans le monde entier ? Nous disons oui.

L’UFML s’oppose catégoriquement à cet amalgame stigmatisant, usé jusqu’à la corde, entre les troubles psychiques et l’insupportable du terrorisme.

L’UFML rejette l’éventuelle collaboration d’un quelconque psychiatre ou même médecin à cette bêtise d’état, pour ne pas dire à cette honte d’état.

Dr Jacqueline GOLTMAN Dr Thierry ASQUIER

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