Le gang des Caro frappe encore

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gang caros Par un bel après-midi de juin, nous voilà à nouveau réunies, les 3 Carolines, manches retroussées pour aller défendre notre profession et porter l’étendard de notre colère le plus haut, le plus loin possible…Notre trio, maintenant bien rodé à l’exercice, a l’avantage d’être plutôt représentatif de notre système de santé (Médecins spécialiste et généraliste libéraux et Médecin de la fonction publique). L’entretien a duré près de 2 heures et nous n’avons RIEN lâché !

Chaque argument était étayé d’extraits de la loi, chaque contre-vérité énoncée a été contrée avec vigueur mais toujours dans le respect. Avant de relater certains passages de cet entrevue, je veux rendre hommage à Mme Gillot, ancienne secrétaire d’état à la santé et femme politique respectable, mais cette fois-ci, c’est elle qui était en difficulté car le vent a tourné : c’est nous, Médecins, qui avons les cartes en main ! C’est nous qui l’avons acculée au mur, lui montrant à quel point sesraisonnements n’avaient rien de raisonnables justement ! Lui prouvant par A + B que cette loi aboutirait à un système d’une iniquité sans précédent, laissant sur le carreau les plus démunis justement (chômeurs, retraités, étudiants etc…). Que c’est un gouvernement de Gauche qui serait responsable de ce carnage et de la mise à mort définitive de notre système de santé et qu’il faudrait en rendre compte devant le peuple ! Nous avons parlé chacune à notre tour avec nos tempéraments différents mais toujours avec cette petite flamme au fond des yeux ! Lui rappelant que nous demandions simplement de pouvoir faire notre métier, celui de soignants qui n’a comme seule et unique exigence que celle de sauver des vies, aider, écouter, apaiser et accompagner les gens… bref en un mot : SOIGNER ! Lui signifiant que si la loi nous y obligeait, alors le devoir de désobéissance sera notre seule réponse pour préserver notre éthique et notre déontologie. Nous transgresserons l’interdit car il en va de notre survie, tout simplement ! Et aucun discours ne pourra infléchir notre détermination. Aucune alternative n’est possible : c’est nous ou la loi …mais les 2 sont incompatibles ! Mme Gillot fut touchée de ce cri du cœur, de notre détresse et de cette souffrance. Elle a entendu notre colère que nous ne pouvons plus taire ni contenir et qui transpire par chacun de nos pores …

Elle a tenu à comprendre en quoi cette loi nous posait problème et nous avons pu aborder bon nombres de points qu’elle méconnaissait complètement :

-Sur le TPG qui nous rend dépendant du financeur.

Sa réaction : « c’est une mauvaise interprétation de la loi ! »

Caroline Reverdy cite précisément une phrase de l’article 1 : « La politique de Santé comprend la prise en charge collective et solidaire des conséquences financières et sociales de la maladie, de l’accident et du handicap par le système de protection sociale » On lui demande des explications, comment cette disposition ne va-t-elle pas aboutir inéluctablement à une explosion des dépenses de Santé ?

Elle nous répond sans sourciller, tout de go :   

« Mais enfin, ceci est purement déclaratif, cela ne veut absolument rien dire ! » abasourdies par cette réponse qui nous semble être un comble pour une sénatrice parlant d’un article de Loi, on ne baisse pas les bras.  

On insiste, lui explique et réexplique, textes de loi à l’appui. Elle ne comprend pas car nous cite les récents propos de Mr Etienne Caniard qui ne dit absolument pas ça ! Elle nous parle du flux unique, nous lui rétorquons qu’il a été rejeté par l’AN. Elle nous répond que ça n’est pas encore voté, que tout ça va changer et que les mutuelles devront s’y faire !!!!

Mais c’est quand nous avons raconté avec nos tripes, la chronique ordinaire de nos quotidiens respectifs, que nous avons senti à quel point ce vécu l’avait touchée et probablement a suinfléchir certaines de ses convictions ! Par exemple, quand j’ai expliqué les conséquences observées au quotidien de la mise en place du TPG dans nos Centres de Planification Familiale : lui expliquant le chiffre inégalé et record d’absentéisme, des examen perdus, égarés dont les patients se moquent éperdument puisqu’on peut les refaire sans débourser un centime … à quel point cet assistanat peut être extrêmement pervers et source de surconsommation, de déresponsabilisation et donc totalement contre-productif en terme d’économies de santé.  Mme Gillot est restée sans voix ! Quand elle a entendu et perçu la charge de travail du monde libéral avec plus de 1000 appels/j dans le cabinet de groupe de 9 médecins et la disparition progressive mais inéluctable de certaines spécialités non remplacées sur notre département, triste reflet de ce qu’il se passe sur tout le territoire : elle est restée sans voix ! On a rappelé que les contraintes financières qu’ont les médecins libéraux sont équivalentes à celles d’un chef d’entreprise et elle d’insister sur le fait que les médecins n’était pas une profession libérale comme les autres car nous dépendions de fonds publics et que nous étions financés en partie par la sécurité sociale  blabla…blabla…

gang caros CR ENTRETIEN AVEC Mme GILLOT SENATRICE PS 95

Evidemment, nous avons balayé d’un revers de main les arguments démagogiques de l’accès au soin : chiffres à l’appui qu’elle n’a pu contester. Nous avons eu quelques échanges soutenus mais instructifs quand à la méconnaissance des politiques sur notre système de soins (en particulier un échange vif concernant les génériques). Nous avons regretté de ne pas avoir avec nous le magnifique texte d’Isabelle Luck, car Mme Gillot aussi, a été capable de nous dire que les médecins ne pouvaient pas sans cesse revendiquer la longueur et la pénibilité de leurs études … – « Vous faites ce métier par passion et par choix ! »

-Quant au problème de la désertification médicale actuelle et à venir : « il suffira de faire venir des médecins étrangers ! » voilà la seule réponse apportée et réitérée à plusieurs reprises malgré nos protestations et nos regards outrés qu’une sénatrice française puisse penser et formuler une telle phrase !

On lui a dit que la responsabilisation du patient devait être au cœur de la réforme, que nous souhaitions garder ce statut de médecins libéraux car la médecine avait besoin de ses 2 jambes : le privé et le public (Merci David pour cette métaphore dont je me sers à chaque fois et qui est très parlante ! ). La carte de mutuelle prépayée nous semblait une solution envisageable et intéressante à creuser !

On souhaitait pouvoir être représentés aux ARS, car une loi concernant la médecine libérale sans médecins libéraux  à la table des négociations n’était pas envisageable ni concevable pour nous !

Evidemment, elle nous a parlé de nos syndicats …. Et nous n’avons pas manqué de lui rappeler que Mme Touraine avait réussi ce tour de force incroyable, à savoir, unir à l’unanimité TOUS les syndicats contre elle, même si ceux–ci nous défendaient malheureusement de façon très inégale (vous savez qui je vise…. )

On lui a parlé de la création des coordinations sur tout le territoire qui grossissent chaque jour … des Chartes de désobéissance qui circulent , de la menace des déconventionnements, des déplaquages en masse qui s’annonçaient, des jeunes médecins qui refusaient de s’installer ou qui quittaient le territoire ! On lui a fait part de l’écœurement de la profession devant tant de mépris et aussi peu de considération ! De nos salles d’attente transformées en tribune politique et de l’opinion publique qui commençait à comprendre ce qui se tramait derrière des discours démagogiques et idéologiques. Tout ça a été dit avec passion, fougue, emphase et quelques emportements par-ci par-là mais toujours dans le respect et l’écoute.

Bref, on a fait remonter notre colère, votre colère à tous.

Nous avons fini cet entretien où Mme Gillot a conclu en disant qu’à titre personnel elle avait de l’admiration pour les médecins, qu’elle pensait en effet que le TPG n’était pas une bonne chose et qu’il serait nécessaire en effet de réévaluer à sa juste valeur les honoraires et les actes des médecins. Elle n’a eu aucune réponse à bon nombre de nos questions et bien souvent pour seule réponse le fait que cette loi venait porter des valeurs idéologiques de la Gauche !

Alors, fort de constater qu’après avoir désapprouvé la plupart de nos remarques concernant la loi, Mme Gillot a été visiblement surprise par notre connaissance approfondie de la Loi et des autres décrets concernant la Santé et c’est au moment de partir, en nous serrant chaleureusement la main, qu’elle nous a dit :

« Au fait, vous devriez solliciter Mr Alain Milon, président de la commission des Affaires Sociales du Sénat pour être auditionnées ».

Et nous, un peu incrédules, de lui répondre : « Mais à quel titre, nous ne sommes pas un syndicat ? »

« Si, si, je vous assure, sollicitez-le pour être entendues, vous avez des choses à dire… »

A bon entendeur…ce n’est pas tombé dans l’oreille de sourdes, car L’UFML a des choses à dire, en effet !

Le gang des Caros.

 

Dr Caroline Leroux

Dr Marie-Caroline Joubert

Dr Caroline Reverdy-Bazin

Coordination 95

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