La politique du corridor

Jerome Marty

Jerome Marty

Foutez-nous la paix ! Laissez-nous travailler !

Depuis 30 ans nous assistons, médusés, aux conséquences de vos politiques de santé respectives, foutez-nous la paix !
Vous avez écarté les soignants de toute orientation du système et vous avez livré son avenir aux mains de techniciens sans expérience, pur produit de l’Ecole Nationale d’Administration où l’on apprend à diriger sans jamais se confronter à la vie réelle.
Vous avez construit des agences de tout, multiplié les structures d’encadrement et, couche après couche, vous avez alourdi le système, jusqu’à l’étouffer…Foutez-nous la paix !

Nous tenons le soin à bout de bras, quelle que soit notre fonction, notre secteur, tous soignants, tous responsables face à la maladie, au doute, à la souffrance, nous maintenons l’édifice, encore…
Face à vos choix politiques nous nous adaptons et évitons leurs conséquences, et nous sommes à bout de souffle …
Foutez-nous la paix !

Vous êtes arrivés au bout de votre logique et, isolés dans le corridor étroit de votre mode de pensée, vous ne pouvez vous retourner pour constater les dégâts, pas plus que vous ne pouvez changer d’orientation…
Le gouvernement Hollande est l’aboutissement de cet échec français, la rupture entre un peuple et ses représentants politiques.
Un gouvernement dont la cote est au plus bas de la cinquième République, et une loi de modernisation de la Santé qui parachève ces trente années d’échecs de politique sanitaire portée par une ministre dont la cote est au plus bas de ce gouvernement.

Foutez-nous la paix ! Laissez-nous soigner !

Nous les soignants, dont le taux de confiance est invariablement, année après année, supérieur à quatre vingt cinq pour cent, alors même que le dernier sondage CEVIPOF montre un taux de confiance de neuf pour cent des Français pour leurs leaders politiques.
Comment ne pas comprendre ce drame républicain à la lumière de l’effondrement de notre secteur :
Multiplication des déserts médicaux et des zones en voies de désertification : ruralité, semi ruralité, villes moyennes, centres villes onéreux, banlieues difficiles, pas un territoire n’est épargné et, alors que vous détournez le regard, les lieux où les Français ont peur de vivre, parce qu’ils n’ont plus l’assurance du lendemain face à la maladie, se multiplient.

A la démographie de nos professions, conséquence directe de vos erreurs passées : baisse du numérus clausus, prime au départ en retraite, vient s’ajouter, dramatique effet ciseaux, un effondrement des installations…A peine plus de neuf pour cent des jeunes médecins s’installent au sortir des facultés. Neuf pour cent, ce chiffre dramatique, identique à votre taux de confiance, nous rappelle avec insistance, que pour choisir son avenir, il faut croire en son avenir. Les jeunes n’ont pas d’aversion pour l’exercice libéral, ils ne peuvent simplement désirer un modèle d’exercice que vous avez défiguré !

Avec des tarifs au plus bas de la moyenne européenne pour un nombre d’heures effectuées au plus haut de cette même moyenne, l’impossibilité de salarier une ou deux secrétaires face à des temps de non-soin en constante augmentation, un encadrement de l’exercice, des directives absurdes et des normes imposées qui fragilisent les entreprises, les jeunes médecins assistent, comme les patients, à l’effondrement du modèle français.

Plus de quarante pour cent des médecins généralistes sont à risque de burn-out et les statistiques des suicides décrochent un dramatique record à deux fois et demi la moyenne nationale. Qui voudrait travailler dans ses conditions ?

Coincés dans votre corridor, vous exprimez des arguments qui masquent une fois de plus votre incapacité à saisir l’urgence, à comprendre le drame qui s’approche :
« Il n’y a jamais eu autant de médecins » mais ils ne s’installent plus, se tournent vers des carrières hospitalières, prolongent des années durant leur statut de remplaçant, choisissent des carrières administratives (il y a tant d’agences) ou dans l’industrie pharmaceutique, ou regardent hors des frontières et partent exercer là où, à l’évidence, ils ressentent plus de respect.
« Les médecins doivent être obligés d’exercer en zones déficitaires ». Mais l’hôpital, durant toutes leurs études, use avec eux d’une main d’œuvre bon marché, précisément en échange de l’enseignement qui est enseigné en ses murs.
« Les tarifs des actes augmentent du fait de l’ajout de nombres de forfaits ». Mais les médecins n’ont pas vocation à obéir et refusent une politique tarifaire basée sur l’application d’indicateurs construits sur des critères autres que le soin, ils sont donc, de fait, loin de percevoir les dit forfaits.
Ces trois affirmations traduisent mieux que toute autre la politique du corridor, où la répétition vaut vérité. Ces trois affirmations n’ont pas de bord politique, pas de gouvernement, à la fois vraies et fausses, elles traduisent la superficialité du raisonnement et la méconnaissance coupable du problème.

Foutez-nous la paix ! Laissez-nous soigner !

Années après années, vous ne nous écoutez plus et à force d’ignorance vous avez oublié jusqu’à l’évidence de notre savoir.
Ainsi le gouvernement Hollande a construit la loi de modernisation de la Santé sans tenir compte un seul instant de l’avis des médecins et des soignants et, alors que plus de 80 % des soignants libéraux se sont opposés à l’étatisation du soin et à sa financiarisation, celle loi a été votée en plein état d’urgence, comme un symbole de la négation imposée du droit d’expertise.
Les premiers effets des mesures Touraine commencent à poindre : les primes d’assurances complémentaires ont augmenté de quatre pour cent, pour des contrats revus à la baisse en terme de prise en charge. Ainsi les Français cotisent plus pour être moins remboursés. Les maires, de plus en plus nombreux, alertent, sans solution, lorsque le drame du dernier médecin parti les frappe. Les Français commencent à comprendre que derrière le Tiers Payant se cachait la main mise des assurances complémentaires privées, le désengagement de la Sécurité sociale et le jeu de dupe auquel ils ont été soumis …
Ils perçoivent un gouvernement à genou qui brade notre système de santé et liquide son histoire. Ils regardent les affaires succéder aux affaires, les collusions d’intérêts, les compromissions et la défiance avance…

Devant nous, l’échéance électorale. Jamais les conséquences des politiques sanitaires n’auront pesé́ plus lors d’une élection présidentielle. Parce que face à̀ la maladie, la confiance plus qu’à̀ tout autre moment est au centre. Les Français vivent à l’heure du bilan de vos actes, et s’interrogent: par qui et comment serai-je soigné demain?

Ce doute se paiera électoralement et, sans prise de conscience de votre part quelle que soit votre orientation politique, son prix pourrait être terrible.

 

http://www.huffingtonpost.fr/jerome-marty/fouteznous-la-paix-laissez-nous-soigner_b_9749902.html

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