La litanie des allongés

Jerome Marty

Jerome MartyL’annonce hier de la baisse du déficit de la Sécurité sociale pourrait bien annoncer celle de l’augmentation tarifaire de 2 euros (en 2017).
Pour rappel :
L’UFML s’est toujours opposée à cette demande qui, si elle est justifiée (rattrapage tarifaire pour la spécialité de médecine générale), comporte en elle le blocage de toute évolution tarifaire à hauteur de la pratique (moyenne européenne).europe med

Les explications des syndicats n’y changeront rien  
Nous évoluons au sein d’une enveloppe contrainte : l’Objectif National des Dépenses d’Assurances Maladie (ONDAM). De fait, pour Bercy et pour le ministère de la santé, l’annonce du passage de 23 euros à 25 euros représentera une augmentation de la dépense de plusieurs millions d’euros ce qui, dans la logique de l’ONDAM, sera forcément présenté par les politiques en responsabilité comme une augmentation tarifaire. (Que ce soit le gouvernement actuel ou le prochain qui, s’ il est différent, héritera de cette dépense). Les patients quant à eux, peu au fait de la chose, ne comprendront qu’augmentation tarifaire et victoire pour les médecins…
Dès lors, toute nouvelle augmentation tarifaire sera écartée, aussi indispensable qu’elle soit au regard de la pratique et seule à même de maintenir l’existence du particularisme français basé sur l’existence d’une médecine libérale forte au côté du secteur public. La médecine libérale sera plus affaiblie encore, la loi de modernisation de la Santé pourra continuer à s’appliquer…
Pour rappel :
En 1984 la valeur du C était de 75 Francs soit 11 euros, en 2015 : 23 euros…Pour les spécialistes en secteur 1 elle était en 1984 de 125 Francs soit 19 Euros. Elle est en 2015 de 23 euros plus les majorations dites MTC Majoration Transitoire Clinique (2 euros) et MCS Majoration de Coordination de Soin (3 euros).
Rappelons que pour les spécialistes en S2 le TO est toujours de 23 euros.
Au-delà de ces chiffres qui expliquent la revendication de MGF, de la CSMF et de la FMF (possibilité pour les médecins généralistes en S1 de bénéficier de la MTC) rappelons comme vu dans cet article  qu’en euros constants, la valeur du C en 1984 (75 francs = 11 euros) équivaut à 22 euros d’aujourd’hui : en 32 ans la valeur du C n’a en fait progressé que de 1 euro !!!
Augmenter la valeur du C à 25 euros, par la demande revendiquée d’équité tarifaire équivaudrait en euro constant à rejoindre la valeur du C en 2002 ! (Données INSEE)
Résumons-nous :
Le gouvernement, par le biais du ministère de la Santé et du directeur de la CNAM (organisme qui, par la loi de modernisation de la Santé, a pour rôle de relayer et d’appliquer les décisions de l’Etat responsable de la politique de santé art 1) ont annoncé le 15 mars une baisse record du déficit de la Sécurité sociale.
Les syndicats MGF CSMF et FMF demandent l’augmentation du TO à 25 euros tout de suite pour raison d’équité tarifaire.
Cette revendication pourrait donc être obtenue….Mais :
Le coût pour l’assurance maladie sera de 800 millions par an, soit 4 milliards d’euros sur 5 ans.
Nous sommes au sein de l’ONDAM…La notion de rattrapage tarifaire disparaîtra, diluée par la dépense nouvellement créée…
Ce qui sera présenté comme une victoire, accentuera en fait la fragilisation et la destruction de la médecine libérale.
(Rappelons également que tout engagement tarifaire conventionnel prend effet 9 mois après sa signature, ce qui dans le cadre d’une augmentation de 2 euros en 2 temps, se solderait par une augmentation de 1 euro…..en 2017 !)
au final :
Alors même que la loi de modernisation de la Santé entraîne :
– la suppression du secret médical
– la suppression du paiement à l’acte (les manœuvres de l’UNOCAM se poursuivent)
– la suppression de la liberté de prescription
– la suppression de la liberté d’installation
– la suppression du libre choix du médecin par le malade
– la modification des missions des organismes d’assurance maladie : veiller à l’application de la loi et des décisions des ARS et rémunérer les praticiens
– la destruction du secteur hospitalier privé
– la destruction du paritarisme par la définition par le ministère du cadre des négociations conventionnelles.
Alors même que chaque jour démontre la volonté idéologique, dogmatique, sectaire de ce gouvernement de détruire la médecine libérale, que les preuves de manipulations et de travestissement de la démocratie sanitaire s’accumulent, que les drames se multiplient de façon transgénérationnelle…
Alors même que jamais gouvernement n’a montré aussi clairement sa volonté dirigiste et son mépris vis-à-vis des professionnels de santé, nos syndicats prennent le risque d’accepter une insulte tarifaire de plus et de construire le mirage d’une victoire et la réalité de la disparition programmée de la médecine que nous défendons.
Comme une marche que l’on saute, le C à 25, rattrapage tarifaire, doit être enjambé, le courage politique est là ! Le pari sur l’avenir est là !
Se pose évidemment la question du maintien des négociations avec un gouvernement en fin de course, aux sondages historiquement catastrophiques et à la volonté avouée de détruire notre modèle sanitaire pour un modèle collectiviste et financiarisé…
Le risque est, ne nous le cachons pas, que les vieux réflexes, ceux qui expliquent le bilan de notre profession, ressurgissent et que certains responsables syndicaux déclarent, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras… » (Comme ils avaient déclaré au moment de l’avenant 8, « il faut signer ou il y aura une loi qui brisera le S2 » …)
La position de l’UFML est claire et n’a jamais varié, la demande du C à 25 est justifiée sur le plan de l’équité…. du mépris tarifaire, mais doit être retirée si la profession veut véritablement obtenir une rémunération à la hauteur de ses pratiques, de ses responsabilités et de son rôle sociétal.

 

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