Chronique de la médiocrité

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Jerome MartyLe 18 janvier, sur la page Facebook du groupe « Les médecins ne sont pas des pigeons » était publiée par un jeune interne une photographie de la fresque de la salle de garde de Clermont-Ferrand.

Cette fresque à connotation pornographique et humoristique (scène de partouze chez les super héros), qui existe dans cet internat depuis une dizaine d’années, avait été lors d’une soirée d’information sur la Loi Santé agrémentée de bulles de bandes dessinées.

Il pouvait être lu : « TIENS, LA LOI SANTE !!!! » « PRENDS LA BIEN PROFOND » « TU DEVRAIS T’INFORMER UN PEU », le tout énoncé par les super-héros (trois hommes, une femme) entourant une Super Woman apparemment très investie. Ces mots sont importants, ils confirment les explications des internes et autres praticiens hospitaliers (hommes et femmes) : la scène avait été modifiée par les phylactères pour représenter les internes« baisés » par la Loi de Santé, et le « TU DEVRAIS T’INFORMER UN PEU » tombait comme un avertissement !

Dès le dimanche après-midi la twittosphère s’animait, la photo étant reprise par certains confrères qui s’offusquaient de la violence de cette fresque et de l’image dégradante que celle-ci renvoyait de la gent féminine. Nous étions là dans la confrontation d’idées et la publication même de la photographie de cette fresque hors les murs de la salle de garde faisait débat…

Mais il allait y avoir plus grave, des politiques, et non des moindres, allaient intervenir, avec des déclarations qui ne peuvent être analysées que comme des manipulations.
D’abord Gabriel Attal, conseiller de Marisol Touraine et conseiller municipal de Vanves.

En premier lieu par un retweet 18 01 13h31 RT « @ClaireS_C: Qd des médecins veulent punir d’un viol collectif la loi santé, ça en dit long sur leur mentalité » :

Puis :  Rien ne saurait justifier l’incitation au viol. Pas même l’opposition à une loi. Honte aux médecins qui ont fait ça http://eepurl.com/bbOijT 18 01 21 05 »

Puis Gérard Sébaoun député du Val d’Oise, très impliqué dans les questions de santé,  intervenait  «  Help ! Une croûte de salle de garde met en scène viol de @MarisolTouraine ! http://eepurl.com/bbOijT @osezlefeminisme saisit @ordre_medecins » 18 01 21 h 19

Arrêtons-nous sur ces déclarations.

Deux prises de position et deux affirmations : « les médecins veulent punir d’un viol collectif la loi de santé » et « met en scène le viol de Marisol Touraine ».

Ces deux déclarations émanent de responsables politiques de premier plan, or ils n’ont pas analysé le document et dans un réflexe spinal, ils ont fait leur la prise de position d’une association féministe qui parlait d’apologie du viol, en travestissant encore le message pour le « politiser » : il s’agirait du viol de la loi de santé et de Marisol Touraine.

Nous constatons ici avec surprise qu’il se trouve encore en haut lieu au Parti Socialiste et au gouvernement des responsables qui imaginent un instant que pour les médecins qui souffrent de son indifférence et de son incompétence, la ministre de la Santé pourrait être idéalement représentée sous les traits de Wonder Woman… mais passons…

Nous avons vu plus haut, à la lumière des déclarations d’internes qu’il n’en était rien, bien au contraire, mais lorsque l’aveuglement et la bêtise tiennent lieu de conduite, tout est permis. C’est même à ça qu’on les reconnaît, disait Audiard.

Certes, nombre d’internautes et de lecteurs ont pu vouloir appliquer aussi cette phrase à ceux qui ont posté cette fresque dans l’espace public… Je comprends cette réaction, mais je ne les suivrai pas. Je ne le ferai pas parce que, tout en comprenant que l’on puisse être choqué à la vue de cette fresque, je ne peux m’empêcher de penser à Wolinski qui, sa vie d’artiste durant, a dessiné des femmes à poils, des scènes orgiaques, des culs, des bites, des cons… je ne peux m’empêcher de penser que ces images ont été, avec les temps, de nombreuses fois reproduites et vues par des yeux qui ne voulaient pas forcément les voir, et je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a dix jours la France était dans la rue pour défier la peur d’un extrémisme qui refuse la liberté d’expression, et au-delà  la France était dans la rue pour défendre l’esprit de Charlie Hebdo, l’esprit libertaire.

Le responsable des faits a pris le mur en photo, témoignage d’une réunion contre la loi de santé et l’a posté sur une page Facebook dédiée à des professionnels de santé en lutte contre la loi de santé. L’image peut choquer et le posteur n’a pas pris la mesure du fait qu’une page publique sur un réseau social n’est pas un espace privé.
Mais il n’est pas admissible que des responsables politiques travestissent la réalité et, au mépris des écrits présents sur la fresque, affirment et accusent des médecins de mettre en scène le viol de la ministre de la santé ou de sa loi !

Par quel mécanisme intellectuel en sont-ils arrivés là ? Plus grave encore est l’appui de plainte à l’Ordre des Médecins pour des faits qu’ils venaient de créer par manipulation ou simple bêtise.

Les prises de position de responsables politiques de l’entourage de la ministre se poursuivront et une grande partie de la presse relaiera, souvent sans analyse, les « vérités révélées » de Mrs Attal et Sebaoun, la fresque devenant le viol de Marisol Touraine, il fallait l’effacer ! Peu importe que celle-ci exista depuis 15 ans, il fallait l’effacer. Et le vent se levait toujours plus fort, l’organisation féministe « osez le féminisme 63 » demandait d’agir en direction des salles de garde sans distinction et d’effacer toutes les images jugées dégradantes. Peu importe qu’il s’agisse de lieux privés, et peu importe que leurs propriétaires successifs soient majeurs et en responsabilité de la vie de nos hôpitaux, de la vie des patients, de la vie de ces mêmes politiques ou associations, il ne leur était pas laissé le droit à la décision, ils n’étaient plus chez eux !

La fresque, les fresques, pouvaient êtres amenées à choquer d’autres yeux que ceux des internes, et parmi les internes certains peut être n’osaient pas dire qu’ils étaient choqués, il fallait les effacer, pouvait-on lire sur la toile.
TARTUFFES !  Dans un pays qui fait le choix courageux de défendre la liberté d’expression face aux idées politiques, religieuses ou sociétales, nous sommes bien à ce moment précis au sein de la médiocrité la plus crasse !
Les fresques des internats existent depuis des années, elles font partie de nos vies et sont le symbole de l’esprit libertaire comme peut l’être Charlie Hebdo et, par raccourcis dont seule l’histoire a le secret, les deux se sont rejoints à la salle de garde de l’hôpital de Garches…. peinte par Cabu lui-même !!! Faudrait-il l’effacer lui aussi ????

Fresque Cabu Garches

Cabu 2010, Salle de garde Hôpital de Garches (Le Plaisir des Dieux)

Se servir comme l’ont fait des politiques de haut rang de l’indignation d’une association féministe et l’instrumentaliser pour mettre au pas à travers l’ARS et la direction de l’hôpital les internes de Clermont-Ferrand est une action politique. Manipuler le sens d’une image pour construire une attaque à des fins de ripostes est une honte !

Nous le disons ici, et appelons l’ensemble des médecins à réagir et à se lever plus nombreux encore contre tous ceux qui veulent casser leur histoire avant que de les avilir par la loi.

Ironiser sur l’esprit carabin ne suffira pas à dédouaner les politiques de leur responsabilité dans la Loi Santé. Que voulez-vous entendre ? Que les médecins (majoritairement des femmes, d’ailleurs) sont évidemment opposés à la violence faite aux femmes et à la culture du viol ? Soit. Nous sommes contre le viol, contre les incitations au viol, contre la culture du viol.

Une fois ceci posé, messieurs et mesdames les politiques, revenons justement à LA POLITIQUE, votre politique.

Nous condamnons fermement l’incitation au viol des données de santé des patients contenue dans la Loi Santé de Marisol Touraine.

Est-ce plus clair ?

Jérôme Marty, Président de l’UFML

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